L’Afrique 3.0 — l’émancipation d’un continent

Quand je suis arrivée en Guinée pour la première fois, en février 2008, il y avait à peine internet. Quelques cybercafés dans les grandes villes, une connexion qui tombait toutes les dix minutes. À l’intérieur du pays, là où moi j’ai été, rien. On communiquait autrement. On vivait autrement.

C’était il y a 18 ans.

Aujourd’hui, il y a des smartphones partout. L’internet jusque dans les petits villages. La plupart de la population a accès au réseau — si ce n’est pas tout le temps, au moins régulièrement. Et ça a tout changé. Tout.

Aujourd’hui, on paye avec Orange Money. Avec son téléphone. On transfère de l’argent en quelques secondes, là où avant il fallait des jours. Quand je vois la Guinée, le Bénin, l’Afrique du Sud — quelquefois, au niveau des paiements par exemple, ces pays sont plus loin que nous ici en Europe. Plus avancés. Plus rapides. Parce qu’ils n’ont pas eu à traîner des systèmes anciens derrière eux. Ils ont sauté des étapes.

C’est ça que j’appelle l’Afrique 3.0.

Pas un slogan. Pas un concept de conférence. Ce que je vois, concrètement, depuis 18 ans, en allant et venant entre Bruxelles et Conakry. Un continent qui bouge. Qui n’attend plus la permission. Qui n’attend plus qu’on vienne lui expliquer comment faire.

L'émancipation d'un continent

Pour moi, l’émancipation du continent, ça veut dire ça. Qu’on se regarde enfin dans les yeux. Que chacun a des valeurs. Que personne ne doit être oppressé. Qu’il n’y a pas un pays qui est mieux qu’un autre.

Il y a encore du chemin. Bien sûr qu’il y a encore du chemin. Mais la direction est là. Et elle est irréversible.

Ce qui me touche le plus, c’est que je l’ai vu de mes propres yeux. Pas dans un rapport. Pas dans un documentaire. Dans la rue. Dans les marchés. Dans les yeux des jeunes qui se connectent au monde depuis un téléphone à 50 euros et qui rêvent aussi grand que n’importe qui.

Ça, ça me donne de l’espoir. Chaque jour.

« Oser inventer l’avenir. »

Thomas Sankara

Cette phrase dit quelque chose de simple, mais d’exigeant : l’avenir ne se reçoit pas passivement, il se construit. Et pour le construire, il faut du courage. Il faut sortir des modèles imposés, des dépendances anciennes, des récits écrits par d’autres.

Oser inventer l’avenir, pour l’Afrique, c’est refuser d’être seulement en retard sur le monde. C’est choisir d’être une force d’innovation, de vision et de transformation. C’est regarder la réalité en face, sans naïveté, mais avec une ambition intacte.

C’est aussi cela, pour moi, l’Afrique 3.0 : un continent qui n’attend plus qu’on lui montre le chemin, parce qu’il est déjà en train de le tracer lui-même.

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